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Reflective Design

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Le web 2.0, les Smartphones, l’ordinateur, et l’ensemble des Technologies de l’Information et la Communication, sont autant d’exemples qui montrent une fois de plus que les technologies ont un impact évident sur nos manières de vivre et sur l’organisation des activités et des relations humaines. Concevoir une technologie, c’est déterminer les expériences de nos vies quotidiennes. En effet, les décisions prises, inconsciemment ou consciemment, par les concepteurs de la technologie entrainent inévitablement une transformation des comportements et des habitudes des utilisateurs de cette technologie. Il devient donc nécessaire, pour ces concepteurs, de faire des choix stratégiques, de prendre les bonnes décisions pour nous conduire à une meilleure qualité de vie. Comment procèdent-ils ? Comment peuvent-ils procéder ? Et comment peuvent-ils traiter et trouver des terrains de conception habituellement mis à l’écart dans leurs approches ? L’article « Reflective design », de Phoebe Sengers, Kirsten Boehner, Shay David et Joseph ‘Jofish’ Kaye, nous proposent quelques pistes et outils de recherche, afin de mener à bien ces prises de décisions.

Le design réflexif tient de la réflexion critique, principe de base de la conception. Elle permet autant d’identifier des valeurs, des pratiques et des expériences, de repérer des angles morts dans l’interaction homme-machine, que d’ouvrir de nouveaux terrains de conception et de développer de nouvelles stratégies de conception. La réflexion critique est fondée sur la théorie critique. Elle est un moyen d’acquérir une prise de conscience des forces et des programmes souvent inconnus. Sans réflexion critique, nous adoptons inconsciemment des attitudes, des valeurs, des pratiques et des identités que nous pourrions ne pas intégrer consciemment. Il s’agit d’une pratique nécessaire pour l’existence de la liberté individuelle et pour notre qualité de vie dans l’ensemble de la société, mais je pense que sur ce point tout le monde comprendra la nécessité de réfléchir.
Les fondements du design réflexif font suite à un ensemble de questions, lié à l’interaction entre l’homme et à la machine. Comment les individus peuvent-ils réfléchir sur la place de la technologie dans leur vie de tous les jours ? Comment la réflexion peut-elle devenir partie intégrante de la conception ? Nous allons donc énumérer les six fondements du design réflexif proposés dans cet article.

Nous retrouvons comme premier fondement du design réflexif, la conception participative. Les adeptes de la conception participative ont pour volonté de faire évoluer des systèmes et les pratiques de conception. Soutenir les valeurs démocratiques tout au long du processus de conception, tel est l’objectif de la conception participative. De nature flexible et rétroactive, cette démarche a pour principe d’interagir avec les différents acteurs concernés du processus de conception. Parler de conception participative, c’est donc reconnaître une politique de la pratique du design. Les valeurs des utilisateurs et des concepteurs peuvent être alors confrontées et examinées au sein d’une collaboration, à l’image des modèles informatiques peer-to-peer. Ces valeurs que nous détenons inconsciemment en commun, peuvent être réétudiées par cette pratique.

Le deuxième fondement du design réflexif est la conception de valeurs sensibles. Elle apporte des questions de valeurs dans la pratique du design. Questions relatives aux valeurs que veulent les intervenants, aux valeurs qui doivent être explorées et aux valeurs qui ont, consciemment ou inconsciemment façonnées la conception. La conception de valeurs sensibles peut s’effectuer sous trois méthodes, au travers d’enquêtes conceptuelles qui utilisent la philosophie morale (afin d’identifier les parties prenantes, des valeurs fondamentales), d’études empiriques qui s’appuient sur des méthodes de sciences sociales (pour comprendre la démarche intellectuelle des différents acteurs), et enfin des enquêtes techniques (en vue d’étudier les relations entre les décisions techniques spécifiques, les valeurs et les pratiques). La conception de valeurs sensibles ne donc s’entreprendre sans une vision critique de nos valeurs. Ceci nous amène alors au troisième fondement du design réflexif, la conception critique.

Un designer critique conçoit des objets non pas en fonction de ce que souhaitent les utilisateurs, mais pour offrir aux individus de nouvelles manières de regarder le monde et le rôle des objets dans notre vie quotidienne. La conception critique peut s’employer par différentes stratégies, dont celle de la « fiction de valeur ». Phoebe Sengers, Kirsten Boehner, Shay David et Joseph ‘Jofish’ Kaye nous présentent son fonctionnement : « plutôt que de la science fiction, qui prend des valeurs existantes tout en projetant de nouvelles technologies dans l’avenir, la fiction de valeur emploie la technologie existante, mais projettent un nouvel ensemble de valeurs qui sont incorporés en eux » (Phoebe Sengers, Kirsten Boehner, Shay David et Joseph ‘Jofish’ Kaye, Reflective Design, Chap. Value Sensitive Design, New York, 2005). Très souvent de nature provocatrice, la conception critique encourage à la réflexion. Cependant l’effet inverse est envisageable. Si les individus n’assimilent pas le caractère ironique et subtil, la réflexion est refusée, et les objets créés ne sont pas examinés.
C’est pourquoi une conception ludique, quatrième fondement du design réflexif, peut nous conduire à une meilleure accessibilité à la réflexion critique. Les activités ludiques ne sont pas simplement une question de divertissement. Elles peuvent aider les individus à développer de nouvelles valeurs, à comprendre de nouvelles choses, et à entreprendre de nouvelles réflexions. La conception ludique favorise donc l’engagement dans l’exploration et la production de sens.
Apporter des valeurs inconscientes à l’avant est également l’objectif du cinquième fondement du design réflexif, la pratique critique de la technique. Elle permet de créer des alternatives techniques, lorsque les intervenants du processus de conception sont confrontés à des impasses techniques. Sa fonction est de nous permettre de relever des aspects techniques non-traités et significatifs de l’activité humaine. Les stratégies proposées par la pratique critique de la technique permettent d’assurer le progrès technique.

Le dernier fondement du design réflexif est la réflexion en action. Elle se présente comme un terrain d’entente entre théorie et pratique. La théorie offre en quelque sorte un regard sur le monde, souvent au travers d’un ensemble de principes et de problèmes abstraits. Celle-ci a généralement besoin de certains éléments déclencheurs pour être stimuler. Cette méthode jongle entre les actes et le savoir. La réflexion tient alors de l’action et réciproquement.

Les fondements du design réflexif ne peuvent s’assimiler sans ses grands principes. Faire usage de la réflexion pour découvrir les limites de la pratique de la conception et pour re-comprendre le rôle des concepteurs dans le processus de conception, aider les utilisateurs à réfléchir sur leur vie quotidienne, soutenir le scepticisme et la réinterprétation, accepter le rejet des utilisateurs de telle ou telle technologie, faire de l’action une partie intégrante à la réflexion, permettre et encourager un dialogue entre les concepteurs et les utilisateurs, tels sont les principes du design réflexif. Les concepteurs ou autres intervenants dans le processus de conception doivent alors prévoir une certaine souplesse d’interprétation, fournir une rétroaction riche et dynamique aux individus avec un droit de participer, développer des technologies pour apprendre davantage sur certains aspects encore non-traités, et jouer avec des méthodes d’inversion dans la conception pour repérer des nouveaux champs de recherche.

Retrouvez le texte  « Reflective design », de Phoebe Sengers, Kirsten Boehner, Shay David et Joseph ‘Jofish’ Kaye, en cliquant ici.


Par Anthony Ferretti, le 20 novembre 2014, Paris.
Texte tiré du site : http://www.anthonyferretti.fr/textes/reflective-design/