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[Interview] Collectif Bam – Plein Milieu

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Nous avons le plaisir de vous partager ici un article pour mieux nous connaitre écrit par Cécile Jaillard pour Plein Milieu, un blog qui explore les espaces de création. Ça parle histoire du collectif, histoire du lieu et autres petites anecdotes, merci Cécile ! 🙂

Photos et textes extraits de Plein Milieu

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Plein milieu, pour une première rencontre, s’est rendu dans les locaux du collectif Bam, à l’Atelier Fil Rouge, situé au fond d’une jolie allée cachée près du métro Ledru-Rollin, à Paris.
Vous connaissez déjà ce collectif? Bien. Vous pensez ne jamais en avoir entendu parler? En êtes-vous sûr? Si le projet POC 21 vous parle, vous avez sans doute entendu parler du projet Biceps Cultivatus, projet de modules de cuisine alternative permettant la valorisation des nos déchets verts pour la culture de plantes aromatiques et la conservation des fruits et légumes sans énergie électrique. Mené à bien par Valentin et Yoann du collectif, et leurs collègues Audrey Bigot et Antoine Pateau, ce projet a été choisi pour être développé au sein du camp d’innovation éphémère «Proof oConcept» [POC 21] durant l’été 2015 au château de Millemont. L’évènement accueillait onze autres projets visant à proposer des solutions aux enjeux climatiques actuels, dirigés par une belle communauté de makers, designers, scientifiques, etc. Par ailleurs, si l’École Boulle s’est doté d’un fab-lab en 2015, appelé Atelier Numérique, c’est grâce à Thomas qui s’est proposé pour manager le projet.

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DSC_4411_webCréé en 2013 par Thomas Thibault et Anthony Ferretti, rejoins temporairement par Pierre-Julien Cazaux, puis par Valentin Martineau et Morgane Chevalier, récemment par Geoffrey Riberry, Yoann Vandendriessche et Vincent Poulain, cette petite équipe s’emploie à proposer «du design pour un monde souhaitable». Mais un monde souhaitable, qu’est-ce que c’est au juste? Pour y répondre, Anthony me propose de voir les choses à l’envers: pourrait-on imaginer un monde avec lequel nous ne pourrions rien souhaiter, rien échanger? «Pour dialoguer avec ton interlocuteur, il faut pouvoir faire attention à lui. Et l’interlocuteur en question, c’est le monde. Si tu souhaites exister, échanger avec ton environnement, il faut pouvoir y porter attention, en prendre soin». Ainsi, se soucier de notre environnement, c’est pouvoir poser notre œil sur le monde dans lequel nous vivons afin qu’il soit dans la capacité d’accueillir nos souhaits. Et pour cela, il doit s’agir, d’après Valentin, d’un monde où chacun peut être libre de soigner les objets de son environnement afin de se les approprier. Bam propose de dessiner des objets qui invitent au souci du bien commun. Ces objets vont plus loin qu’exercer une simple fonction: ils permettent à l’usager de pratiquer son environnement, dans le but d’interagir avec lui librement, et ce sous des formes multiples. «En tant que designers, on cherche à contribuer à des formes que les gens peuvent s’approprier».

Anthony et Thomas ajoutent: «L’envie de fonder ce collectif est très liée aux changement d’ère provoqué par le numérique, et toutes les problématiques que ça implique. C’était ça notre point de départ: parler du numérique et des pratiques collaboratives liées au web et à l’internet».
Le mobilier produit par Valentin et Yoann  s’inscrit dans ces problématiques de numérique et d’open source. Biceps Cultivatus, évoqué plus haut, se base sur un premier projet de recherche appelé De la cuisine à la cuisine, proposé pour le concours Du green dans le gris et organisé par la Fonderie.

Anthony, intéressé par les différentes pratiques et par la recherche en design, et Thomas par le hacking et le numérique, ont eu l’idée de fonder un collectif en travaillant avec la FING. Cette idée s’est renforcée à l’arrivée de Pierre-Julien Cazaux, ingénieur et ancien stagiaire de la FING (aujourd’hui employé chez Accenture), puis par Valentin Martineau, ancien stagiaire au pôle R&D d’Orange. Ce dernier a participé à un projet de développement d’un fablab d’entreprise. Ce projet à but expérimental permettait de tester un espace où sont mis en place des outils de prototypages rapides: «J’ai rejoins le collectif parce que je souhaitais être engagé dans ma pratique: je n’avais pas envie de produire tout et n’importe quoi. J’en discutais déjà avec Anthony et Thomas, et au bout de quatre mois, j’ai préféré quitter mon stage pour venir m’investir dans Bam».

DSC_4408_webUne frustration?
D’après Anthony, le collectif a été fondé pour fédérer une communauté de designers engagés sur les problèmes actuels de notre société, avec l’idée d’un mouvement, d’une école. «Nous ne sommes pas juste des designers de chaises: nous nous sentons profondément engagés dans notre rôle. Nous ne sommes pas des faiseurs de modes ou des stylistes… Nous soutenons plutôt l’idée d’Alain Findeli, qui est que le design tente de maintenir ou d’améliorer l’ »habitabilité du monde ». Nous nous sommes alors regroupés. On as tous la patate, on est de bons amis, et on a donc commencé à créer notre propre école, à inviter d’autres gens, etc.»

Des designers engagés
Ainsi, Bam tente de devenir un espace qui permet, d’après les mots d’Anthony, d’«animer des têtes brûlées». Bam, c’est un espace de réflexion et de questionnement sur le rôle et la responsabilité du designer en tant que citoyen: comment me servir de ce que j’ai appris à l’école et les outils qu’elle m’a apporté? Pour quoi je m’engage? Pour quoi je produis? Valentin explique: «Aujourd’hui, à titre professionnel, sur le marché du travail, pour se revendiquer designer, on ne te demande pas forcément de savoir où est ta responsabilité: on te met des sujets entre les mains et tu dois t’en dépatouiller. Nous avons la responsabilité d’expliquer qu’on ne peut pas faire n’importe quoi et surtout, le faire n’importe comment. Il faut nous positionner afin que les gens qui nous abordent sachent déjà de quoi il retourne. On ne souhaite pas faire que de la prestation». Inspirés de Deleuze, Foucault, Steigler, Pierre-Damien Huyghe, Baudrillard…, l’équipe de Bam souhaite exercer ce métier «avec du sens.»

DSC_4406_webDSC_4372_web DSC_4371_webLe lieu
Le collectif Bam n’a pas toujours été à l’Atelier Fil Rouge. Avant de partir en Erasmus en Finlande, Thomas était le colocataire d’Anthony. C’est plus tard, pendant qu’Anthony poursuivait sa recherche en design sous la direction de Pierre-Damien Huygues que Valentin, arrivé sur Paris pour poursuivre un Master Stratégie de Design, rejoint sa colocation. C’est aussi pendant cette période qu’Anthony rencontrait Guillaume Rouyet, fondateur de l’Assemblée Virtuelle dans un atelier de la FING à propos des données personnelles, rencontré une seconde fois à l’Atelier Fil Rouge. Enfin, Pierre-Julien et Anthony rencontrent Gilberte Caron (fondatrice de CoBusiness) et Vincent de Montalivet (fondateur de My Recycle Stuff) en organisant des ateliers sur le troc circulaire. L’idée de s’installer à l’atelier a donc très vite émergé.

Aujourd’hui, cet espace est en pleine mutation. Anthony explique: «Le Fil Rouge évolue. Gilberte, qui s’occupe du lieu, et le collectif souhaitent aller au-delà d’un simple espace de coworking, pour en faire une place dédiée à la création, au design… Dans nos termes, il s’agirait plutôt d’une place destinée au design, où tu pratiques du design, tu parles de design, mais aussi de sujets de société, et qui accueillerait des gens pour réfléchir, créer. Nous avons l’idée d’en faire une sorte d’école-atelier».
Une école? Thomas précise: «un espace de réflexion, où seraient programmés des ateliers, divers évènements, des conférences. Tu pourrais y venir, réfléchir, apprendre, expérimenter, produire des outils, etc.».

Pour l’instant, ce qui se met en place à l’atelier en est à un stade de gestation et reste, pour Valentin, «très empirique». Cependant, si en février 2016, il est encore trop tôt pour rentrer dans le détail, ce ne sont pas les bonnes initiatives qui manquent: de la projection de film (Proof Of Concept Poc 21), aux discussions «Les Mercredis Bam» proposés les mercredi soir, jusqu’aux ateliers de mentoring animés avec Make Sense, où des entrepreneurs sociaux viennent échanger et challenger leurs idées, les intentions sont là, et Bam est en bonne voie pour faire vivre ce bel espace de travail. Anthony ajoute en effet: «On s’emploie à équiper le lieu, en terme d’organisation, en terme d’outils, et donc d’offres. Des starts up, des collectivités locales, des labos, de nombreuses petites et grandes organisations cherchent un lieu comme celui-là, un espace confortable pour produire et créer. Être créatif, oui, mais être créateur, ça s’apprend: quand tu ne sais pas faire, il faut au moins être accompagné.»