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Design 02

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J’avais très envie de poursuivre mon dernier texte sur le design, la pensée du design, la beauté, etc. J’ai d’ailleurs beaucoup de mal à l’intituler[1]. Celui-ci se conforme de très loin à une « recherche », disons, plutôt classique. C’est très décousu, avec l’impression de partir dans tous les sens. Mais très surprenant quand même, en tout cas pour moi ! Non, ne vous inquiétiez pas, je ne vais pas vous refaire le même texte sur la surprise, la beauté et compagnie… quoi que le rapprochement est plutôt curieux. Quelle surprise de parler de surprise dans un texte dont le sujet est le design, surprenant n’est-il pas ? Gardons de ça de côté pour le moment.

Je disais donc… Oui je ne trouve pas de titre à ce texte. Un temps viendra où je lui trouverai un petit nom sympathique. En attendant, je vais continuer l’exercice et poser quelques idées sur le papier. Puisque, pour tout va dire, je ne m’attendais pas du tout à parler de beauté dans mon dernier texte. Surtout de beauté au nom du design, de glisser, ou du moins de tenter de définir, même de manière lacunaire et tordue, la beauté au sein de la discipline du design. Je m’apprêtais plutôt à parler de la présentation du design. Enfin bref ! Cela m’a mis un certain temps avant de comprendre que je définissais ce terme avec mon regard de designer. À ne voir de la beauté que dans les actes de partage, que lorsque vous et moi partageons avec ce qui peut partager. Avec ce qui en a au moins la capacité. À ne comprendre la beauté au sein de la discipline du design, que dans l’échange, le partage, la relation entre nous et ce qui est placé devant nous. Un peu comme un shaper entrain de creuser un pain de mousse pour former la planche de surf, ou quand tu contemples le surfeur tartiner la vague en manipulant sa planche dans tous les sens. Oui là, c’est mon expérience du surf qui parle ! Je reviendrai sur la pratique du surf et son lien intime avec le design un peu plus tard. Et en même temps, pourquoi pas en parler maintenant. Accordez-moi une petite parenthèse, si vous me le permettez. Le surf m’a profondément construit et je souhaite vous faire part au moins de ma relation avec cette pratique. Le surfeur a bien une relation affective, charnelle, voire amoureuse avec sa planche et l’environnement où il pratique le surf. Il la chérie, la répare, la soigne, dès fois la décore, la nettoie, l’habille avec quelques accessoires, la protège en la glissant dans sa housse… mais il la connait très bien aussi. Le surfeur sait où sa planche est fragile, il a repéré les fissures et les points de rupture. Avec le temps, sa planche s’est cabossée de trous formés par les coups de pieds ou le poids du torse quand il rame. Et puis, comme de nombreuses relations amoureuses, le surfeur la quitte. Elle n’est plus son partenaire. En tout cas, quand ce n’est pas sa planche qui « casse » la première.

La casse ! Parlons en d’ailleurs. Vous l’avez certainement déjà compris, mais le rapprochement entre la rupture amoureuse avec quelqu’un ou avec quelque chose ne me laisse pas indifférent.

– Bon alors ! Comment ça se passe avec Francis ?
– J’ai cassé avec lui semaine dernière ! Pas mon genre, trop sentimental…
– Ho il est mignon pourtant. Et avec Thierry ?
– Il s’est cassé hier, il en peut plus de Paris.
– De toute façon, c’est vrai, Paris ça lui va pas ! Et sinon, le travail ça va ?
– M’en parle pas, mon ordi est cassé ! Il m’a lâché, le con ! Et du coup je peux plus bosser, j’ai plus internet et j’ai surtout perdu tous mes fichiers. J’ai vraiment tout perdu, et je sais plus quoi faire quand je rentre chez moi.

Mais qu’est ce que c’est drôle et triste à la fois. Ces petits moments que nous passons avec nos objets à les chérir, à les aimer, à les partager, à les offrir, à les garder exclusivement pour soi, à les protéger, certains sont même destinés à en protéger d’autres et d’autres à les détruire. Et dès fois, dans les moments les plus douloureux, nous les insultons, nous les frappons, nous les jetons par la fenêtre ou à la poubelle, nous les détruisons, nous les enfermons, nous les haïssons et nous les bannissons, jusqu’au jour où nous les retrouvons dans une veille boite à chaussures à échanger avec eux sur nos souvenirs partagés.

Nous vivons avec eux une multitude d’expériences, de relations, de situations aussi violente que douces, aussi irritantes qu’accueillantes.

Quand ton ordinateur ferme spontanément alors que tu n’as rien enregistré, tu réagis ! Donc tu t’énerves et tu commences à le secouer tout en l’insultant de « Putin de merde, t’es trop con ! ».


[1] Les titres de ces deux premiers numéros de cette série de textes, « Design 01 » et « Design 02 », ont été définis plus tard, lors de la rédaction du « Design pause ». C’est pourquoi, je n’ai pas encore de titre à ce stade de l’écriture. Par ailleurs, le nom de cette série de textes, « Les chroniques à l’emporte-pièce » a été trouvé avant la création du « Design 04 ».


Par Anthony Ferretti, Décembre 2015, Paris.
Texte tiré du site : http://www.anthonyferretti.fr/textes/design-02/